Ana Patricia *Expo revue Magazine

By YANNICK VIGOUROUX • July 1, 2004

Une peintre Colombienne s’inspire de son enfance vécue avec sa soeur jumelle, variation autour du theme du double.

Inspirées par son histoire personnelle-sa co-existence avec sa soeur jumelle, les toiles de l’artiste colombienne Ana Patricia Paladios montrent des corps d’enfants aussi exsangues qu’enracinés a leur double. Identiques et étrangement différents, comme le sont les deux profiles dissymétriques d’un meme visage.

L’une des oeuvres montrent les deux robes vident des soeurs, parfaitement semblables et inverses, double tache d’encre sanguinolente qui évoque celle que l’on obtient lorsque l’on plie une feuille de papier en deux et que l’on appuie dessus ( cet exercice scolaire bien connu ou ce test auquel les psychiatres ont eu si souvent recours pour sonder l’inconscient du patient). Le fond couvert de l’écriture de l’artiste livre des mots qui s’accrochent a des lignes qui ressemblent a celles d’un cahier, discrete partition d’une mémoire se construisant et d’un imginaire s’épanchant en meme temps qu’ils sont contenus. Dans la toile jumelle, “Dualidad V”, les corps ont repris possession des robes. Avec leurs allures de poupées maladives ou de specters froissés, les enfants auraient-ils lentement désagrégé leurs forces dans leur tentative de dissociation contredite par leur désir de fusion? L’uue des petites filles n’est-elle pas que le reflet de l’autre? En réalité, les deux sont a la fois un modele et un reflet, et c’est cela qui est particulierement troublant, comme un jeu de miroirs a l’infini…

Toutes les surfaces des toiles ne sont pas peintes. Parfois le corps, les robes de petite fille restent en réserve, ou sont remplies d’une mince couche de peinture rouge qui ressemble a du sang coagulé. Il est alors impossible de discerner des traits et donc toute particularité physique qui distinguerait l’enfant de son double. D’ailleurs ceux-ci, lorsqu’ils apparaissent, ne sont qu’esquissées d’un trait de crayon.

La couleur sang traduit bien la consanguinité des etres , mais aussi celles des choses. Cette consanguinité est aussi celle de la vie et de la mort. D’une presence qui évoque son contraire, l’absence (lorsque le fond de la toile reste blanc). D’une unité perdue des la naissance que l’on ne peut paradoxalement reconquérir que dans la dissolution finale de la mort. Ce sang qui bat dans les corps est aussi celui don’t on se vide. Ou qui un jour se figera dans ce vetement transparent et improbable, cette fragilechrysalide.